Les actions de Jules Erbs

Les actions de Jules Erbs

Don à la commune

Été 2009. Un paquet en provenance de Belgique est déposé à la mairie de Pont-Péan. Il contient un lot d’actions émises, quatre-vingts ans plus tôt, par la « Société bretonne d’études minières et d’exploitation des mines de Pont-Péan ». L’expéditrice, Geneviève Broust, les tenait de son grand-père, Jules Erbs. Elle aurait pu les vendre à des collectionneurs, mais elle a préféré en faire don à la commune.

Jules Erbs naît en 1878 à Strasbourg, où ses parents possèdent une fabrique de voitures et d’articles de voyage. Quelques années plus tôt, en 1871, l’Alsace était devenue allemande après la signature du Traité de Francfort. Pour qu’il ne devienne pas, lui aussi, définitivement allemand, Jules Erbs est envoyé en France à l’âge de seize ans. Il effectue alors un tour de France comme compagnon menuisier avant de s’établir à Paris. Il se marie en 1897 et ouvre un café au coeur du quartier du Marais, un café populaire, lieu de rencontre des premiers syndicalistes et anarchistes, ouvriers de la presse et du livre. En 1907, Jules Erbs reprend un restaurant à Puteaux, tout en suivant les cours du soir des Arts et Métiers pour apprendre l’ébénisterie.

En 1920, c’est le départ pour la Jonchère. Jules Erbs obtient l’autorisation de fabriquer et vendre des copies de meubles de musées. Il en fait son nouveau métier.


À Strasbourg, la fabrique familiale de voitures est vendue en 1921 et Jules Erbs hérite d’une partie du produit de la vente. C’est à cette époque qu’il achète plusieurs propriétés à la Jonchère. Le placement est sûr. Mais un autre placement, prometteur, va bientôt s’avérer malencontreux. À la fin des années 1920, on annonce, à grand renfort de publicité, la “résurrection” des mines de Pont-Péan qui devraient bientôt « redevenir l’un des fleurons de l’industrie extractive des mines métalliques en Europe ». Jean Dufourg, l’administrateur de la société minière, promet une reprise brillante qui doit, avant deux ans, réserver les avantages les plus substantiels. Une vaste cité ouvrière est construite en quelques mois sur la lande de Tellé. Des démarcheurs, largement commissionnés, y amènent par cars des petits épargnants, souvent ignorants de la vie des affaires, pour leur donner confiance et les persuader de souscrire des actions. En présence de “portefeuilles récalcitrants”, Jean Dufourg n’hésite pas à intervenir personnellement. En l’espace de trois ans, près de quarante millions de francs sont drainés de Saint-Brieuc à Coutances, en passant par Paris. C’est ainsi que Jules Erbs souscrit trente actions de la « Société
bretonne d’études minières et d’exploitation des mines de Pont-péan ».

En 1932, la faillite de la société met brutalement fin à l’attente des avantages substantiels annoncés. Deux ans plus tard, Jean Dufourg est jugé par le tribunal correctionnel de Saint-Brieuc. Le procès révèle une escroquerie monumentale. Jean Dufourg n’aurait utilisé à la mine de Pont-Péan que seize à dix-huit millions de francs. Les capitaux collectés lui servaient en réalité de fonds de banque au profit d’autres sociétés, dont il était administrateur. Ils lui servaient aussi de masse de manoeuvre pour des opérations spéculatives. Jugé coupable d’infraction aux lois sur les sociétés, d’escroquerie et d’abus de confiance, il est condamné à quatre ans de prison et à trois mille francs d’amende. De nombreux petits actionnaires voient leurs économies s’envoler. Les paquets d’actions ne sont plus que des tas de papiers sans valeur qui vont longtemps rester au fond des tiroirs.
Nous tenons à remercier Madame Broust d’avoir ressorti les paquets d’actions de son grand-père pour en faire don à la commune de Pont-Péan.

Merci à Jean Pierre Cudennec pour son travail sur cet article

Sources : BROUST, Geneviève - Biographie de Jules Erbs, L’OUEST-ÉCLAIR, 20 et 21 juin 1934,  PAWLOWSKI, Auguste - "La Renaissance des Mines métalliques de Bretagne" - Librairie scientifique et générale Jules Charles & A. Brunet, Paris, 1929.